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Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan

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White Square Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan

Message par Albéric Sam 6 Juin - 12:51

Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan 51z69XOxOVL

Résumé du recueil 1 :
Suite à une trahison, l'armée du royaume de Parse est défaite par ses ennemis traditionnels, les Lusitaniens. Seuls le jeune Arslân, l'héritier du trône, Daryun, un général demeuré fidèle et Narsasse un ex-stratège militaire retiré dans la campagne avec son disciple Eram parviennent à s'enfuir. Ils seront bientôt rejoints par Guibu, un musicien errant, Alfrid, l'héritière du pays des voleurs qui s'est entichée de Narsasse, et la magnifique Farangis, prêtresse dévouée dès sa naissance à la protection d'Arslan.
Décidé à reconquérir le trône, Arslân et ses amis devront se battre contre celui qui s'est proclamé seul héritier légitime : Hirumes, le Chevalier au Masque d'argent. Ainsi débute une longue et pénible lutte pour Arslân, ce jeune homme de 14 ans n'aimant pas la guerre mais qui va chercher à libérer son pays de l’esclavage et à briser le carcan de l'aristocratie…



Ce tome 1 des Chroniques d’Arslan, évidement inachevées puisque l’éditeur Calmann-lévy arrêtait 60% des séries qu’il lançait avant de passer la main à Orbit qui qu’a guère fait mieux depuis, est un recueil qui compile les deux premiers volumes de la saga, à savoir La Capitale en feu (Ôto enjô) et Les Deux Princes (Âji Futari), agrémentés d’une fort jolie carte et d’une demi-douzaine d’illustrations de qualité, mais non créditées… L’auteur Yoshiki Tanaka puise son idée de base dans la légende populaire persane Amir Arsalan-e Namdar : le prince Arslân doit reconquérir son pays et son trône occupés par des envahisseurs occidentaux. Il fallait que se soit un écrivain japonais qui s’y colle, car à force de reprendre tels quels les discours suprématistes des Anciens, tous les peuples à l’est de la Mer Égée sont complètement déconsidérés, et les rares auteurs français qui se sont frottés au sujet se sont fait taxer d’orientalisme de bazar et d’exotisme de pacotille par les commissaires littéraires habituels…

Le worldbuilding suit un peu la méthodologie d’un Guy Gavriel Kay. Nous sommes dans une quasi uchronie avec ce royaume de Parse qui est une version fantasmée de l’Iran médiéval : la Péninsule arabique n’a jamais existé, l’Islam n’est jamais né, la Perse est toujours zoroastrienne et domine non seulement le Moyen-Orient, mais aussi les routes de la soie appelées ici « Grande Route transcontinentale ».
- la Lusitanie, est l’occident chrétien avec ses croisés violents venus apporter le fer, le feu et le sang…
- le Maryam, c’est l’Empire Byzantin, trahi par ses coreligionnaires occidentaux en 1204
- le Mithre, c’est l’Egypte mamelouke
- le Sindora, c’est le sous-continent indien
- le Shelku, c’est l’Asie centrale turque
- le Turan, c’est le monde de la steppe

Livre 1 épisode 1 : La bataille d’Atropathènes
Spoiler:

Livre 1 épisode 2 : Le mont Bashur
Spoiler:

Livre 1 épisode 3 : La capitale en flamme
Spoiler:

Livre 1 épisode 4 : Les belles et les bêtes
Spoiler:

Livre 1 épisode 5 : L’héritier du trône
Spoiler:

Livre 2 épisode 1 : La citadelle de Kashân
Spoiler:

Livre 2 épisode 2 : Dans la Cité Etrange
Spoiler:

Livre 2 épisode 3 : Sur la route pour Peshawar
Spoiler:

Livre 2 épisode 4 : Scission et retrouvailles
Spoiler:

Livre 2 épisode 5 : Les deux princes
Spoiler:

Ah ça, on est dans la fantasy classique avec son groupe de héros d’âges, de sexes et d’origines sociales différentes, mais aussi avec ses codes propres et ses valeurs positives traditionnelles ! Et quoi de plus normal puisqu’on pioche dans les légendes orientales et les mythes indo-européennes… On est donc dans les archétypes universels, appelé lourds clichés par les commissaires littéraires dont nous ne citerons pas les noms ici par pure charité chrétienne… ^^

Présentons donc maintenant les héros de la saga :
- Arslân, fils d’un roi vaillant mais brutal qui a été jusqu’à ravir son épouse à un rival, élevé dans une famille modeste, prince humaniste et progressiste, promis à une grande destinée à commencer par unifier le royaume, le libérer de l’envahisseur barbare et à fonder un nouvel ordre de chevalerie grâce à une épée légendaire emprisonnée dans la pierre… Cela ne vous rappelle rien ? C’est Arthur Pendragon, version orientale ! Mais c’est d’abord et surtout un nouvel avatar du héros aux mille et un visages…
(encore que, j’ai avancé dans la saga et il s’instaure une relation Philippe / Alexandre entre le père conservateur et le fils progressiste… je me demande quelles sont les visions iraniennes du mythe d’Alexandre le Grand ?)
Comme d’habitude le héros adolescent fait bien pâle figure comparé à ses charismatiques compagnons de route, mais ce dernier est bien conscient d’être la cinquième roue du carrosse et il lui tarde de tout faire pour mériter la loyauté de ses amis…
Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan Zaa4BD7ubl1BJTxDCAagWDl72eJkfbmt4t8yenImKBVvK0kTmF0xjctABnaLJIm9
- Darîun, le brave des braves, adroit et courageux, galant et vaillant, sans peur et sans reproches, humble et modeste, loyal à son souverain jusqu’à la mort… bref un parangon de chevalerie. Cela ne vous rappelle rien ? C’est Lancelot du Lac, version orientale ! (ah, on me souffle dans l’oreille qu’il serait inspiré d’un héros du Heïke Monogatari, classique parmi les classiques de la littérature japonaise)
Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan Lancelot1
- Narsus, fils bâtard ayant hérité d’une fortune et d’une titre par un caprice de Dame Fortune, tri classé artiste / courtisan / guerrier, emprunte autant à l’Ivanhoé de Sir Walter Scott, par sa volonté de défendre les petits gens contre les caprices des puissants, qu’au Littlefinguer de GRR Martin, par son intelligence machiavélique et son sens de l’humour volontiers sarcastique (ah, on me souffle dans l’oreille qu’il serait inspiré d’un héros du Genji monogatari, classique parmi les classiques de la littérature japonaise)
Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan Lotus-dojikurohito600x424c
- Ghîb, ménestrel volage et cambrioleur séducteur qui m’a rappelé aux bons souvenirs de Sieben et Jarek Mace de David Gemmell, mais comme ces personnages empruntent tellement à ce bon vieux Robin des Bois… encore que, l’auteur a vraisemblablement pris pour modèles les bandits chevaliers qui parsèment les romans historiques chinois !
Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan Robin_Hood_by_phoebe101
- Faranghîs, la prêtresse guerrière de Mithra qui parle aux djinns, beauté et archère d’exception qui fait tourner les têtes mais qui sait garder la sienne froide en toutes circonstances… C’est un avatar de la légendaire onna musha Tomoe Gozen !!!
Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan Tomoe_gozen1
A cette dream-team, il faut ajouter le jeune affranchi à la peau noire Elam, la jeune voleuse anarchiste Afrîd qui se pique de devenir l’épouse de Narsus le noble déchu, mais aussi Kishwahd le général des marches orientales aux deux glaives…
Et puis de non-dits en sous-entendus entre Dariûn le sérieux et Narsus le facétieux, entre Arslân de haute extraction aux traits délicats et Elam de basse extraction qui se travesti en fille pour espionner l’ennemi, entre Ghîb le bouillant et Faranghîs la froide… Oh là, cela pourrait vite partir en feux de l’amour plus ou moins yaoi ! D’ailleurs les animateurs ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont offert un magnifique charadesign androgyne à l’intégralité des personnages… ^^
Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan Arslan1

Comme vous le voyez le dramatis personae est super sympa, et les bad guys ne sont pas en reste !
- Masque d’argent le tourmenté, fier et orgueilleux, haineux mais classieux, est une véritable figure de tragédie antique
- Innocent VII le roi-moine est fasciné par Tahaminé la femme fatale dont la beauté a déjà fait tourner la tête de quatre souverains (d’ailleurs bien mystérieuse est la reine Tahaminé… est-elle une émule d’Igerne, de Guenièvre, ou de Morgane ?)
- le pragmatique Giscard s’oppose au fanatique Bodin
- et on tease sur le mystérieux gourou des sept mages noirs
Car oui il y a une structure scénaristique pyramidale avec les tribulations des rebelles, les intrigues des puissants et le complot des adorateurs de Zahâk, Sa Majesté des Serpents qui attend son heure enfermé sous le sinistre mont Damavand (oui ! l’ancien volcan aujourd’hui point culminant de l’Iran ! ^^).
Un méchant millénaire, une prophétie et une épée magique… tous les chouettes classiques de la fantasy classique, mais tout cela ce n’est pas pour tout de suite ! ^^
J’ai eu un peu peur au début avec ces envahisseurs occidentaux, fanatiques et impérialistes, surtout avec un naming hispanisant. Mais une fois qu’on a compris que l’auteur pioche ses personnages dans l’Espagne de la Reconquista et dans l’Orient des croisades, ça va beaucoup mieux (les généraux Baudouin et Montferrat, l’ambitieux Guiscard et l’indécis Innocent VII ont pour modèle des personnages historiques bien connus). Et puis avec ces discours sur les crimes de guerre, sur les crimes contre l’humanité, sur la colonisation forcenée et sur l’acculturation forcée… que veut dénoncer l’auteur : l’Occident colonialiste de la 1ère moitié du XXe siècle ou le Japon impérialiste de la 1ère moitié du XXe siècle ? Allez savoir…
Dans tous les cas, le mangaka Kentaro Miura a rendu hommage à cette saga dans son Berserk, avec la princesse Charlotte du royaume occidental du Midland devant reconquérir ses terres et son trône occupés par les Kuhsans, des envahisseurs orientaux fanatiques et impérialistes ressemblant un peu beaucoup aux Parses de Yoshiki Tanaka... ^^
Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan Berserk_32_centre

La traduction à quatre mains de Jacques Lalloz et Rodolphe Massé est soignée. Elle nous régale de « billevesées », « frocards », « croquants », « nonobstant », « pharisaïsme », « pandémonium » et autres « malepeste »… Mais au-delà de la barrière de langue et de la culture, le principal reproche que je puisse faire à l’œuvre, c’est qu’il est assez déstabilisant, surtout au début, de passer sans transition de l’emphase des romans de chevaleries ou des romans courtois, pleine d’éclairs d’argent, d’étincelles jaillissantes et de grandes déclaration de sentiments, à la bonne humeur et à l’humour de dialogues très animes / mangas / séries télés. De la même manière on alterne fantasy à intrigues, qui ici n’a pas grand chose rien à envier aux classiques du genre, et roman feuilleton d’aventure plein de cavales, de traques, de duels, d’embuscades, de révélations et de retournement de situation, héros et vilains s’affrontant à plusieurs reprises pour que nous lecteurs sachions bien combien ils sont braves et valeureux !
On retrouve l’humour de la Belgariade et la Mallorée de David Eddings. J’ai ainsi aimé quand les réformes abolitionnistes des héros se heurtent à la volonté des esclaves de le rester, ces derniers préférant être logis et nourris plutôt que de devoir se prendre en main et être confrontés aux conséquences de leurs propres décisions, ou quand ils doivent ronger leur frein quant à leurs réformes démocratiques pour ne pas choquer l’establishment résistant, ou quand Narsus pète un câble devant Masque d’argent qui le traite de barbouilleur de toile, ou quand Narsus d’habitude si sûr de lui se retrouve chèvre face aux avance de la jeune et sémillante Afrîd… ^^
Mais ici cette bonne humeur est expurgé des dizaines et des dizaines de pages dédiés aux corvées de latrines, à la mise en place du feu camp, à la popote et à la tambouille car on avance par petites ellipses d’épisode en épisode…
Les auteurs et les éditeurs japonais ont oubliés d’être cons, eux, car ils se sont calés sur les modes de vie et de lecture de leurs concitoyens. La majorité des japonais lisant durant leurs 3 heures quotidiennes passés dans les transports en commun, les livres sont donc conçus pour être lus facilement, avec un faible nombre de page et une structuration en épisodes pour en dynamiser le rythme. Au Pays du Soleil Levant, la littérature de gare est considérée comme noble, alors qu’en France le qualificatif « de gare » est péjoratif voire méprisant (comme ses réalisateurs de films qui montrent leur ouverture d’esprit en prenant de haut les réalisateurs de séries). Au Japon on lit plus, mais alors beaucoup plus qu’en France, ceci explique peut-être cela… VDM


Ce qui est vraiment cool, c’est que comme l’auteur puise dans les archétypes universels, on peut imaginer indifféremment les personnages comme des samouraïs de chambara, comme des artistes martiaux de wuxia, comme des guerriers indiens, comme des cavaliers iraniens, ou comme des chevaliers de cape et d’épée. Toutes les lectures sont possibles et tous les amateurs d’aventure peuvent s’y retrouver : amis néophytes et easy readers, aficionados d’heroic fantasy mainstream, amateurs d’animes et de manga, allez-y sans crainte… et un jour si vous avez kiffé les Chroniques de la Guerre de Lodoss, foncez !

Yoshiki Tanaka, Les Chroniques d'Arslan 763220
Personnellement, je ne pouvais que je me prendre au jeu de cette fantasy japonaise puisque j’étais prédestiné à kiffé l’intégralité de ses composants et de ses références. C’est donc avec plaisir que je vais découvrir la suite de cette saga, avec la guerre civile sindôrane, la bataille des champions, l’année des quatre rois et le complot des mages noirs… Mais sous d’autres médias car la saga littéraire reste inachevée en France (et est toujours en cours au Japon ^^), l’œuvre a été adaptée en manga et en anime de qualité. D’ailleurs la mangaka Hiromu Arakawa, l’auteure de Fullmetal Alchemist et Silver Spoon, a relancé la franchise en 2013 !
Albéric
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Nécromancien

Date d'inscription : 16/01/2012

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